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Thermographie PV par drone : ce qu'on voit
Ce qu'une caméra thermique détecte sur une installation PV, ce que signifient les motifs, quelles conditions le vol exige et où le procédé atteint ses limites.
Publié le · 6 min de lecture · par Markus Linke
Une caméra thermique ne mesure pas des défauts. Elle mesure la température de surface, rien d'autre. Que l'on en tire une indication utilisable sur une installation photovoltaïque tient à une circonstance physique : un module qui ne parvient plus à convertir son courant en puissance le convertit en chaleur. Le défaut se trahit donc lui-même, mais seulement dans certaines conditions et seulement sous certaines formes. Cet article décrit les deux, le visible et l'invisible.

Ce qu'est réellement un point chaud
Dans une chaîne, les modules sont montés en série. Le courant qui passe par le module le plus faible détermine le courant de toute la chaîne. Si une cellule est endommagée, ombragée ou vieillit de manière inégale, elle ne peut plus laisser passer le courant des autres. Elle devient une résistance et s'échauffe.
C'est la raison pour laquelle un seul module anormal fait baisser le rendement de toute la chaîne, bien avant qu'une alarme n'apparaisse dans le monitoring. L'onduleur voit la chaîne, pas le module. Et c'est la raison pour laquelle l'installation doit impérativement fonctionner en charge pendant le survol : sans passage de courant, pas de chaleur ; sans chaleur, pas de constat.
Ce que signifient les différents motifs
La forme de la zone chaude en dit plus que sa température :
- Un point clair isolé à l'intérieur d'un module indique une cellule endommagée, souvent après la grêle, une pression de montage ou une fissure de cellule ayant un effet électrique.
- Une bande chaude sur plusieurs cellules correspond le plus souvent à une sous-chaîne pontée, donc à une diode de dérivation active.
- Un module entier uniformément chaud indique un module qui ne fournit plus aucun courant, par exemple en cas d'interruption au niveau du raccordement.
- Une rangée ou une table entièrement chaude est rarement un problème de module, mais plutôt un indice concernant la chaîne ou l'onduleur.
- Un motif qui s'accentue vers le cadre peut évoquer une dégradation induite par le potentiel et exige une mesure de vérification ciblée.
Cette attribution est une suspicion, non une détermination de la cause. Ce qu'il en est réellement, c'est la personne qualifiée en électricité qui le mesure sur le module.
Ce que la caméra ne voit pas
L'honnêteté est ici utile, sans quoi de fausses attentes naissent :
- Les microfissures sans effet électrique. Si la fissure ne perturbe pas encore le passage du courant, aucune chaleur n'apparaît. Il faut pour cela l'électroluminescence ou une mesure de caractéristique.
- Le vieillissement général. Un module qui a perdu uniformément dix pour cent de puissance ne se remarque pas thermiquement.
- Les défauts d'onduleur, de câblage et de supervision. Tout au plus la conséquence est visible, pas la cause.
- Tout ce qui se trouve en détail sous la surface du module. La caméra voit la peau extérieure ; la source de chaleur peut se trouver quelques millimètres en dessous et apparaît de ce fait diffuse.
- La durée de vie résiduelle. Un module chaud est un constat, pas un pronostic.
Les conditions décident de la valeur du vol
Un vol thermique par mauvais temps livre des images, mais aucune indication. Quatre grandeurs déterminent si la prise de vue est solide :
- L'ensoleillement, au minimum 600 watts par mètre carré. En dessous, les écarts de température sont trop faibles pour séparer un défaut du bruit.
- La charge, l'installation injecte et n'est pas bridée.
- Le vent, aussi faible que possible. Le vent refroidit la surface des modules et nivelle précisément les écarts qui importent.
- L'angle de vue et la réflexion. Le verre réfléchit. C'est pourquoi le vol se fait à la verticale et la position du soleil est choisie de manière que la caméra ne mesure pas le reflet du ciel.
Un exemple tiré de notre propre pratique : lors du vol de référence, l'ensoleillement se situait entre 547 et 683 watts par mètre carré, les premières rangées étaient donc juste sous la limite. Cela figure tel quel dans le rapport, et depuis lors nous retenons 600 watts comme limite inférieure pour chaque vol, au lieu de mener le vol à son terme sans plus.
Radiométrique ou non
Une caméra thermique ordinaire livre une image en fausses couleurs : on voit que quelque chose est plus chaud, mais pas à quel point. Une caméra radiométrique enregistre une valeur de température pour chaque pixel. C'est seulement cela qui permet de définir des seuils, de comparer les modules entre eux et de rendre l'évaluation vérifiable.
Nous volons en radiométrique et évaluons chaque module par rapport à ses voisins de la même rangée, et non par rapport à une valeur absolue fixe. Les effets qui concernent toute la rangée, comme une nébulosité pendant le passage, s'éliminent ainsi.
Ce qui est finalement livré
Du vol naît une orthophoto thermique radiométrique de toute l'installation, par-dessus une trame de modules et, à partir de là, une liste de constats : pour chaque constat l'identifiant du module, la coordonnée, la température maximale, l'écart de température par rapport à la rangée, la classe du motif et une priorité. En PDF pour l'archivage, en CSV et GeoJSON pour le logiciel de maintenance.
La priorisation est le véritable bénéfice. Une liste de trois cents constats sans hiérarchie est sans valeur pour l'entretien ; une liste qui indique quels vingt modules sont à traiter cette semaine ne l'est pas.
Chiffres du projet de référence
Une installation au sol de 2.8 mégawatts de puissance crête sur le Hochrhein, le cours supérieur du Rhin, survolée fin août 2026. L'exploitant n'est pas nommé, à sa propre demande ; tous les chiffres proviennent du rapport livré :
- environ 4'900 modules selon le registre, 22 rangées, 2.2 hectares
- 75 minutes de vol thermique, 1'805 images, 5 centimètres par pixel
- 325 modules anormaux, soit sept pour cent de l'installation
- dont 126 en priorité un, 172 en priorité deux, 27 en priorité trois
- 118 des 126 constats urgents confirmés sur au moins deux images brutes
- 92 pour cent de tous les constats dans les rangées 11 à 22, un motif spatial qui rend la vérification ciblée
- quatre modules ont atteint la limite de mesure de la caméra de 150 degrés et ont été indiqués comme valeurs minimales
Ce dernier point est typique d'une thermographie honnête : là où la caméra atteint sa limite, cela figure dans le rapport, au lieu d'inventer un chiffre.
Ce que le rapport n'est pas
Ce n'est pas un contrôle selon IEC TS 62446-3 ni une appréciation définitive. C'est un relevé systématique et documenté avec des cas suspects priorisés. La classification, les seuils et les conditions du vol y figurent ouvertement, afin que les constats restent vérifiables et que la personne qualifiée en électricité sache où commencer à mesurer.
C'est précisément là que réside la valeur : non pas dans un diagnostic depuis les airs, mais dans le fait que plus personne n'a à parcourir trois cents modules pour en trouver vingt.
Le déroulement d'un mandat, la correspondance entre les tailles d'installation et les forfaits ainsi que le contenu du paquet de données sont décrits sur la page Thermographie solaire.
Questions fréquentes
- Par quel temps peut-on voler ?
- Il faut au minimum 600 W/m² d'ensoleillement, une installation en charge et peu de vent. En Suisse, cela signifie d'avril à septembre entre environ 10 et 16 heures, par ciel clair. Un voile nuageux mince fait passer l'ensoleillement sous la limite, un vent fort refroidit les modules et fait disparaître les points chauds. C'est pourquoi nous fixons la date à court terme selon la météo et non au jugé.
- L'installation doit-elle fonctionner pendant le vol ?
- Oui. Un point chaud apparaît parce qu'une cellule défectueuse convertit le courant de la chaîne en chaleur au lieu de le convertir en puissance. Si l'installation est à l'arrêt, aucun courant ne circule et le défaut reste froid, donc invisible. Un onduleur bridé ou une coupure pendant le survol rend le vol sans valeur.
- La caméra thermique détecte-t-elle les microfissures ?
- Seulement si la fissure affecte déjà électriquement la cellule et produit ainsi de la chaleur. Une microfissure récente sans perturbation du passage du courant reste thermiquement invisible. Il faut pour cela l'électroluminescence, qui travaille dans l'obscurité avec une tension injectée, ou une mesure de caractéristique sur la chaîne.
- Le rapport remplace-t-il un contrôle selon IEC TS 62446-3 ?
- Non. Nous livrons un relevé systématique et documenté avec des cas suspects priorisés, ni un contrôle normatif ni une appréciation définitive. La classification, les seuils et les conditions figurent ouvertement dans le rapport, afin que votre personne qualifiée en électricité puisse suivre les constats et procéder à des mesures ciblées.
- À quelle fréquence un survol est-il utile ?
- Pour les installations en exploitation, un rythme annuel a fait ses preuves, de préférence toujours dans la même fenêtre. La valeur réside dans la comparaison : un module classé cette année en priorité 3 et l'année prochaine en priorité 1 est un signal différent d'un constat isolé sans antécédent.